À la suite de plusieurs attentats qui frappent des soldats allemands, des opérations de représailles sont planifiées avec la participation de la police française. Du 22 au 24 janvier 1943, les autorités nazies et René Bousquet, Secrétaire général de la police de Vichy, organisent à Marseille une grande rafle. 8000 personnes environ sont arrêtées. 782 Juifs sont envoyés au camp de Compiègne, puis déportés dans le centre de mise à mort de Sobibor. Aucun n’en reviendra. La destruction du « quartier criminel » est décidée : les Allemands dynamitent et rasent le secteur nord du Vieux-Port.
D’autres villes sont touchées par la chasse aux Juifs (Aix-en-Provence, Nîmes, Carpentras, Avignon, Arles, Clermont-Ferrand…).
La violence continue de l’occupant et du gouvernement collaborationniste vichyste n’entame pas la détermination de la Résistance. La perspective de la victoire et de la Libération pousse le Parti communiste à prôner, dès le début 1943, une stratégie d’unité nationale. Il appelle au regroupement de tous les Français qui s’opposent à Hitler. Ce rassemblement a lieu au sein du Front National de lutte pour la libération et l’indépendance de la France conçu par le Parti en 1941. L’action contre les nazis et leurs collaborateurs redouble d’intensité.
La section juive de la M.O.I., clandestine, entreprend aussi d’élargir son assise et recherche l’union avec les autres organisations juives et toutes les composantes de la Résistance. L’action de l’organisation clandestine « Solidarité », prend de l’ampleur, au Sud comme au Nord.
Pour les dirigeants de la section juive, il faut rassembler, former et entraîner les Juifs, traqués de toutes parts, à la lutte militaire ou civile. Au printemps 1943, la résistance juive communiste des zones Nord et Sud se regroupe en un organisme.
C’est une étape décisive : l’Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide (UJRE) est née. Elle est créée par sept résistants : Idel Korman, Edouard Kowalski, Adam Rayski, Sophie Schwartz et Techka Tenenbaum représentent la direction parisienne. Charles Lederman et Jacques Ravine sont les représentants de la direction du Sud. L’UJRE sera opérationnelle dès mai 1943.
Simultanément, la section juive de la M.O.I. fonde l’Union de la jeunesse juive (UJJ), animée à Lyon par Jacques Kott et à Paris, par Robert Endewelt. Les jeunes juifs communistes, qui participent déjà au sauvetage des enfants juifs, rejoignent l’UJJ. La nouvelle organisation vise une union très large des forces démocratiques de la jeunesse juive sur tout le territoire. En juin 1943, la publication Jeune Combat devient l’organe principal de l’UJJ.
Tout comme l’UJJ, dont elle a favorisé la création, l’UJRE est une organisation clandestine visant l’union pour la Libération du pays et l’amélioration du sort des Juifs. Elle va fédérer toutes les organisations clandestines résistantes issues de la section juive, notamment l’Union des femmes juives (UFJ) et l’UJJ auxquelles se joignent les Juifs engagés dans les FTP-M.O.I.
Malgré les conditions de la clandestinité, l’UJRE mobilise ses militants et, surtout, en recrute des centaines de nouveaux. Elle se rapproche également des autres organisations juives comme les EIF ou l’OSE.
Au sud (à Lyon puis à Toulouse, Marseille et Grenoble), des groupes de combat composés, entre autres, des jeunes Juifs de l’UJJ, prennent le nom de groupes de combat de l’UJRE, dont un dixième rejoindra les FTP-M.O.I.
Les groupes de combat de l’UJRE s’entraînent assidûment et passent progressivement du sabotage à l’action militaire. Cependant, contrairement aux FTP-M.O.I., les membres de ces groupes ne mènent pas une vie exclusivement militaire. Ils conservent un mode de vie apparemment légal, ne sont pas pris en charge par l’organisation et subviennent à leurs propres besoins.